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Ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières: Les suggestions du Dr Salif Napon

Ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières: Les suggestions du Dr Salif Napon

Ceci est une tribune du Dr Salif Napon, géologue burkinabè, parue dans L’Observateur Paalga du 21 janvier 2021. Il y fait des suggestions pour optimiser les résultats dans la gestion du ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières, notamment un audit du secteur minier.

J’ai lu avec grand intérêt l’article «Les Mines et Carrières méritaient mieux que ça», paru dans L’Observateur Paalga du 18 janvier 2021 en page 7.

Mon soutien est total quant au contenu de l’écrit et c’est pourquoi je souhaite faire d’autres commentaires et suggestions.

Je ne suis ni n’ai jamais été militant d’un parti politique ; je suis un simple citoyen burkinabè, géologue professionnel de carrière.

Comme indiqué dans l’article ci-dessus cité, nous sommes très nombreux du domaine des mines et de la géologie qui avons été choqués par la nouvelle structure ministérielle : un ministère de l’Energie, des Mines et Carrières “flanqué” d’un ministère délégué chargé des Mines et des Carrières.

Je me suis posé plusieurs questions dont les principales sont les suivantes :

  • Y a-t-il des cadres et des techniciens de haut niveau du secteur minier au MPP ? Si oui, ont-ils été consultés ?
  • Est-ce que les personnes chargées de former le gouvernement ont consulté les personnes-ressources du secteur minier ?
  • A-t-on évalué l’importance et la place qu’occupe le secteur minier dans l’économie nationale et les enjeux de son développement futur ?
  • A-t-on évalué les grands enjeux et nombreux défis du secteur de l’Energie, secteur tout aussi décisif dans le processus actuel de développement ?

Si une majorité des réponses  à ces questions est affirmative alors, j’ai du mal à comprendre  que l’on ne puisse pas créer un ministère des Mines et des Carrières et un ministère de l’Energie comme deux entités pleines et autonomes !!!

Un petit rappel de l’histoire nous  indique que sous le régime du Front populaire, il avait été créé un secrétariat d’Etat (l’équivalent d’un ministère délégué). A cette époque, la seule mine en production, c’était Poura. La collaboration entre le ministère de l’Economie et des Mines d’une part et le secrétariat d’Etat fut difficile.

De cette expérience, il est apparu très sage de séparer l’Energie des Mines et Carrières.

Je sais que dans de nombreux pays anglophones et même francophones, le regroupement ministère de l’Energie et des Mines est très courant mais rarement avec un ministère délégué.

En tout état de cause, le Burkina Faso et ces autres pays n’ont pas les mêmes problématiques ni les mêmes dynamiques.

En espérant être compris par le pouvoir et dans l’attente d’un éventuel changement, je fais les suggestions ci-dessous pour le secteur minier.

  1. Un audit du secteur minier

Loin de moi l’idée d’une chasse aux sorcières quelconque.

Le but de cet audit global sera de vérifier tous les aspects (finances, gestion, administration, application des lois et des règlements, examen des qualifications, des compétences,  de l’expérience, du  rendement des agents,  implication des autres acteurs.

Les résultats finaux de l’audit contiendront un ensemble de recommandations concrètes pour une nette progression dans le secteur.

  • Le ministère doit avoir tous ses directions et services sous le même toit

Il ne faut plus comme actuellement devoir parcourir toute la ville de Ouagadougou pour trouver certains services dont certains sont sans adresse, ou avec des adresses qui changent au gré des responsables.

  • Un service chargé de la gestion et du suivi des cadres du secteur en général et dans les sociétés en particulier.
  • Jeter un regard sans complaisance sur les organigrammes des sociétés pour voir sans se voiler la face combien de Burkinabè sont aux positions de décisions.
  • Faire la situation des rémunérations : expatriés versus nationaux en fonction du travail effectué ;
  • Exiger la validation des demandes de permis de travail d’expatrié et s’assurer qu’il n’y ait pas d’ombrage à l’expertise nationale au moins équivalente.
  • Exiger la formation des cadres nationaux pour remplacer progressivement les expatriés ; cela n’étant qu’une application de la loi, soit dit en passant.

La finalité est de respecter le slogan «consommons local». Loin de moi toute idée de xénophobie ou « afrophobie » car je suis à l’étranger depuis plus de 10 ans. Je sais comment de nombreux pays appliquent rigoureusement la Préférence nationale. Cettepolitique est en vigueur dans les pays voisins. Ce n’est pas une parole en l’air : ce sont des faits vécus.

  • L’Etat cesse d’être joueur et arbitre

L’Etat, qui doit contrôler les activités des sociétés minières, ne devrait pas occuper des postes comme Président du Conseil d’administration (PCA).

  • Décentralisation et création Département des Mines et Géologie soit au niveau de Gouvernorats ou provinces.
  • Un service compétent de Contrôle des activités minières par :
  • Recrutements d’agents qualifiés, compétents et expérimentés ; ces agents devront être assermentés.
  • Mise à disposition de moyens adéquats et suffisants pour les contrôles.
  • Gestion des données des sociétés minières
  • Les rapports doivent être lus et notés par une commission de contrôle (travaux insuffisants, données incomplètes, etc.). Les dépenses d’exploration et autres devraient être justifiées.
  • Relecture du Code minier pour l’adapter au contexte

Les ressources minières sont non renouvelables et par conséquent nous devons les gérer avec plus d’égards.

  • Loi pour éviter ou limiter  l’optimisation illicite fiscale ;
  • Exigence d’une plus grande transparence pour les industries extractives ;
  • Un regard plus rigoureux, notamment sur la question des amortissements et son impact sur la fiscalité.
  • Une loi sur le «merge» (regroupement, ou achat de sociétés, etc.) avec l’impact sur les licenciements
  • Loi ou modification de décret d’application relatif aux substances accordées pour l’exploration aux sociétés minières et faire en sorte que le territoire ne soit pas gelé que pour la recherche d’une seule substance, l’or.
  • Penser à créer un fonds souverain sur les mines.
  • Prendre les dispositions légales (LCR) pour une plus grande contribution du privé national à l’approvisionnement des industries extractives.
  • Cadastre minier
  • Nombreux sont ceux du secteur qui disent que ce service ne fonctionne pas bien. Il y a des demandes de permis de plus d’un an qui sont en attente.
  • Il faut établir une moyenne de dossiers de demande ou de renouvellement de permis à traiter par semaine et à la fin du mois faire un bilan pour savoir où sont les problèmes.
  • En tout état de cause, appliquer la loi avec rigueur.
  • Le site du cadastre minier (souvent en panne) n’est pas régulièrement mis à jour (des permis expirés depuis plus d’un an toujours enregistrés comme valides).

Du reste, cette question comme celles évoquées plus haut ressortent clairement des résultats des travaux de l’enquête parlementaire depuis 2016.

  1. Coordination entre Universités – Ecoles-Instituts pour la formation

Il faut une synergie entre le ministère, les différentes entités de formation et les sociétés minières.

Former en fonction des besoins et non former pour former…

  1. Convoquer des assises entre Burkinabè sur le secteur minier

Il s’agira de trouver un cadre adéquat pour une rencontre afin de :

  • Faire l’état des lieux du secteur minier
  • Lister sans complaisance les problèmes
  • Proposer des solutions pratiques et applicables
  • Créer un comité de suivi de l’application des résolutions
  • Revoir la mise en pratique réelle des RSE
  • Revoir toute la chaîne de valeur pour un plus grand apport du secteur minier à l’économie nationale.
  • Création urgente de l’Ordre des géologues

L’Ordre des géologues aura pour mission la protection du public dans l’exercice de la géologie. L’Ordre assume sa mission en contrôlant la compétence et l’exercice des géologues et en réprimant l’exercice illégal de la géologie.

  1. Penser aux anciens du secteur minier
  2. Utiliser les compétences des anciens sous forme de contrats pour gérer certains dossiers spécifiques ;

Enfin, je lance un appel à l’ensemble des géologues, des ingénieurs et des techniciens afin qu’ils se libèrent de cette sorte de torpeur, la “peur du boss et la mystification par l’étranger” dans laquelle nous sommes tous englués en renforçant nos organisations et associations  existantes, en créant de nouvelles  structures si nécessaires, les mêmes qui montrent leur efficacité dans des pays voisins, pour ne citer que le Ghana.

Ces commentaires et suggestions ne sont pas exhaustifs et peuvent être complétés ou amendés.

Dr Salif Napon

Géologue professionnel

Assermentation : Pr. Sci. Nat. (SACNASP 400085/14)

Johannesburg, Afrique du Sud

salif.napon@yahoo.com

+27825703819

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