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Université Joseph Ki-Zerbo : Un marché à ciel ouvert

Université Joseph Ki-Zerbo : Un marché à ciel ouvert

L’Université Joseph Ki-Zerbo, temple du savoir, est aussi un gigantesque marché où les échoppes sont tenues parfois par les étudiants eux-mêmes. Le lundi 11 janvier 2021, nous avons pu prendre le pouls de l’activité économique qui s’y déroule.

« Photos ! », « Photo ! ». A peine avons-nous franchi les portes de l’université, que nous somme apostrophé par un groupe de jeunes, appareils en main.  Nous répondons négativement à leurs sollicitations. L’un d’entre deux, Pegdwendé Sebgo nous confie qu’il est étudiant en sixième année de médecine. Le futur toubib gagne sa vie en tirant le portait à ses camarades qui ont besoin de photos d’identité pour constituer différents dossiers académiques. Ses revenus varient en fonction des périodes. Mais en général, il assure pouvoir gagner une somme de 60 000 francs CFA le mois.

Parking, mécanique auto, photographie, commerce de nescafé, d’unités, d’eau, de jus, de téléphones, d’écouteurs…  Ils sont nombreux à faire des affaires à l’intérieur du campus.  Mais difficile d’arracher à certains quelques mots. En face de la Direction des affaires académiques de l’orientation et de l’information (DAOI), la gérante d’un « Dépôt-Retrait-Mobicash » ne veut pas piper mot sur son activité. Un client, venu acheter des unités, nous informe que c’est très compliqué que nous puissions obtenir des informations. Il nous explique que les boutiques de « Nescafé » et de « Mobicash » n’appartiennent pas aux gérantes. D’après lui, le système est très complexe. Il nous confie que ONATEL (Devenu Moov Africa) et NESCAFE ont un partenariat avec l’université. Il ne nous en dira pas davantage.   

Devant un bâtiment de l’UFR Sciences juridiques et politiques (SJP), nous prenons langue avec Kiswendsida Kaboré Il est étudiant en droit de la promotion 2014. Il a dressé « son bureau » sous un arbre : une table, un ordinateur et trois chaises. Il nous explique qu’il donne un coup de pouce aux étudiants sur leurs procédures en ligne (Inscriptions, orientations, bourses d’étude, formations, offres d’emploi). De quoi lui permettre de subvenir à ses besoins les plus pressants.

En face du bâtiment de l’UFR SVT, se trouve un coin de vente de Nescafé, de gâteau, et d’eau. Trois jeunes y travaillent. Nous nous adressons à l’un d’eux, étudiant en deuxième année d’anglais. Il se défile face au micro. « J’ai un devoir à 13h et je dois partir », s’excuse-t-il. Il était 10h40. Nous interrogeons le second. Il est étudiant en deuxième année de philosophie de la promotion 2017. Emmanuel Mano, plus coopératif, nous révèle qu’il gagne sa vie grâce à cette activité en étant employé en ces lieux. Le patron étant absent, il ne nous donne pas de chiffres précis sur la rentabilité de son affaire.

Devant l’UFR/SVT, Emmanuel Mano vend du Nescafé

En Lettres modernes, Saada Bangré, est de la promotion 2018. Il estime que la plupart des étudiants font des activités parallèles. « Au sein du campus, si vous faites le tour, vous verrez des vendeurs de documents, des écouteurs, des power-bank, des mégas », nous informe-t-il. Juste devant l’UFR SVT, nous rencontrons Jean Jacques Bationo. Il est « étudiant-vendeur d’unités » de la promotion 2017 de la filière sociologie. Il était en train de réviser ses cours. Devant lui, sa plaque nous rassure qu’il s’agît bien d’un « étudiant commerçant ». Il dit avoir débuter récemment son business grâce à l’argent de son FONER. Il indique pouvoir gagner 4000 F en une semaine.

“Je gagne ma vie grâce à mon activité”, confie Frédréic Kpda

Achevant notre périple dans ce « marché », nous arrivons dans les environs du CENOU où nous constatons l’existence d’une véritable zone commerciale. Frédéric Kpda, étudiant en géographie, promotion 2016 est photographe. Par mois, il affirme pouvoir obtenir la somme de 25 000 F. A proximité, un étudiant de mathématique en master I vend des tricots. Il dit également pouvoir subvenir à ses besoins grâce à son commerce.

En face du CENOU, une zone commerciale

« Etudiant-commerçant », une nécessité

Tous les « étudiants businessmen » que nous avons interrogés nous ont affirmé que cela est une nécessité. D’après Pegdwendé Sebgo, l’étudiant en médecine, « aucun étudiant ne souhaite partager ses heures d’études avec les activités parallèles. Ce sont les contraintes de la vie qui nous imposent cela ». Ils nous confient que c’est compliqué de combiner activités économiques et études. Ils sont dans un cercle vicieux. « On ne peut pas bosser avec la faim », avance la plupart. Les étudiants que nous avons rencontrés disent être abandonnés à eux-mêmes. Sans leurs activités économiques, nous confient-ils, ils ne seraient plus à l’université. Beaucoup nous expliquent qu’ils ont ces extras à cause du retard académique. « Après ce devoir de S4, je n’aurai plus rien à faire », nous a ainsi indiqué Jean Jacques Bationo, l’étudiant en sociologie. Il compte s’occuper à temps plein de son commerce.      

Wahabou Oubda

Quid des autorisations ?

Ceux qui occupe l’espace du campus pour leur commerce ont-ils eu le feu vert des autorités universitaires ? Nous n’avons pas pu entrer en contact avec l’administration pour en avoir le cœur net. Kiswendsida Kaboré, un des étudiants businessmen, nous a expliqué qu’il dispose une autorisation. Une « autorisation verbale », a-t-il précisé. Selon certaines sources, il faudrait verser à l’administration une somme de 10 000 francs chaque mois. Kiswendsida Kaboré nie cette déclaration. Interrogé également sur la même question, l ‘étudiant en master I de mathématique nous lance ceci : « c’est top secret et vous êtes petits pour mener cette enquête ». Les autres étudiants interrogés n’ont pas d’autorisation. Certains nous expliquent qu’il faut adresser une demande à l’administration pour bénéficier d’une autorisation pour exercer une activité économique. Ils sont tous unanimes sur deux points : sans autorisation, il faut se mettre à l’abri des vigiles car ils viendront tout ramasser. Les boutiques de NESCAFE et de MOBICASH bénéficient, quant à elles, d’un traitement de faveur.

W.O.

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